Portrait robot du hipster à Paris: le hipster est mort, vive le hipster !

2 mars 2020
7 min read

Apparu dans les années 40 aux États-Unis derrière l’image d’un homme blanc fan de musique jazz noire-américaine, le hipster en a parcouru du chemin. De Brooklyn à Paris en passant par Los Angeles ou Berlin : le hipster fût un incontournable des années 2010 et son influence est loin d’être à son terme. Il est l’archétype du personnage controversé, ballotté entre les aficionados assumés de ce lifestyle et ses antagonistes avérés. Rapidement, il s’est vu être un outil privilégié en communication et marketing et devient au fil des ans une figure de la société de consommation plus qu’un état d’esprit. De contre-culture à conformisme, le hipster à Paris continue de faire parler de lui au même titre que le cliché de la Parisienne. Mais alors : comment reconnaître un hipster puriste d’un hipster dénué de toute sensibilité hipsterienne ? Quelles sont les conséquences de son uniformisation dans les métropoles ? Que devient le hipster des années 2000 en 2020 ? La soirée à Paris de type afterwork-flash tattoo-Djset est-elle une création de hipster ? Chez Toot Sweet, on a voulu démêler le vrai du faux.

Un hipster à Paris, c’est une crinière ébouriffée, une barbe et des lunettes

Le hipster à Paris n’est pas un livreur et pourtant : il ne se déplace qu’à vélo. Mais pas n’importe lequel, on parle d’un fixie, c’est-à-dire un vélo à pignon fixe. Et oui, notre petit DA, Thibault, ne rentre pas tout à fait dans la catégorie hipster parisien pour cette raison puisque monsieur se balade en vélo de ville. Bien qu’il ait des lunettes à la sauce hipster, à mi-chemin entre Wayfarer et Persol, il se retrouve relayé à la catégorie de “bobo parisien”, vu son âge avancé. Car oui, être hipster, à l’origine, c’est aussi une question d’âge. Pas plus de 25, pas moins de 18. C’est une mode exigeante, un cercle fermé à la manière des Salons littéraires du 18ème siècle (oui, c’est imagé). Mais bon, maintenant qu’on est en 2020, il n’est plus question de limite d’âge puisque les premiers hipsters parisiens ont passé la trentaine… Allez Thibault, on te redonne ta carte !

En bref, pour être un hipster à Paris, il te faut : une barbe plus ou moins longue et faussement négligée; une coupe de cheveux qui ressemble à tout, sauf à une coupe de cheveux, bonnet vissé à la tête; une petite chemise à carreaux avec un pantalon American Apparel de préférence. Mais le plus important se joue dans l’attitude et la démarche du hipster de Paris qu’il éclabousse dans les quelques événements auxquels il nous fait le plaisir de sa venue. Pour en trouver un, un vrai de vrai bien-sûr, il faut aller à la Gare, entre deux concerts de jazz manouche ou dans un événement du genre fourre-tout comme le dernier Rétro Vintage Market. Vous savez, ce rassemblement tous azimuts de trends coiffures, vêtements, mobiliers design, disques vinyles, lunettes de soleil, bibelots, affiches ou encore montres anciennes. D’autres se sont égarés dans les dédales du CrushON Vintage Festival de la Bellevilloise qui se voulait friendly par son offre : bières artisanales, Drag Show, plantes, tattoo, hand-poke, DIY, glaces artisanales, body painting ou encore DJ Sets. Le hipster à Paris vit pour le vintage ou du moins, pour un style pseudo-authentique qui se la veut cool. Le vieux, c’est pas si mal, non ?

La gentrification, le point épineux du hipster parisien

Jusque-là, inutile de détester un hipster parisien malgré son côté donneur de leçon vegano-écolo. Devenu une insulte pour cause de récupération par la grande distribution, son “appellation d’origine contrôlée” comme le surnomme Pedro Winter, compositeur et producteur français de musique électronique, mêle la façon de s’habiller ou de manger à un mode de vie alternatif qui n’efface pas pour autant l’aspect business. Tout ça fait que le hipster à Paris voit son image noirci par un phénomène qui a pris de d’ampleur : la gentrification. 

En effet, le hipster se veut, comme expliqué plus haut, un “faux-cool” ou plus précisément, un apparat d’authenticité. Ainsi de nombreux quartiers parisiens se trouvent envahis par de nouveaux riverains, ces hipsters nouveaux cadre-sup’ s’appropriant l’âme d’un quartier, au risque d’en faire… n’importe quoi. Brooklyn est l’exemple parfait de cette gentrification néfaste des métropoles par les hipsters. Durant tout le XXème siècle, Brooklyn était très pauvre et a fini par devenir le symbole du cool, un haut-lieu de la hype et du branché dès le début des années 2000. L’équivalent parisien est situé à l’Est de la capitale avec le Faubourg Saint-Denis par exemple. Demande des tips au couple Kardashian-West, ils y étaient la semaine dernière, plus précisément au KFC (plaque commémorative à l’appui). On pourrait aussi parler du quartier des Batignolles. Mais que sont devenues les populations modestes du siècle dernier ? Jetez donc un œil derrière le périph’…

Pour éviter la quarantaine, suis les conseils qui vont suivre…

hipster à paris paris 11 vinyle
Règle n°1: le hipster se cache (très) souvent derrière un vieux vinyle.

Mais il y a du positif  aussi avec l’économie hipster. Les petits producteurs locaux sont promus sur leurs pages Instagram puisqu’ils sont, bien évidemment, ultra-connectés. Le tattoo s’est vu être enfin désacralisé tandis qu’une conscience écologique collective s’est développée, promue à travers les bowls et les bars à jus préférés des hipsters. Les épiceries bio ont poussé comme des petits pains et Brut. est devenu le porte-drapeau d’une nouvelle façon de consommer l’info. Que dire de plus sur le hipster à Paris ? Pas grande chose à part que Vice est l’équivalent de son Petit-Robert, le tote bag a remplacé le sac à dos, le végé c’est chouette même si le hipster sauvage ne peut refuser un brookie sans-gluten. Le hipster parisien d’hier n’est rien d’autre que le bobo d’aujourd’hui. Bon, c’est quand qu’on va à SoPi ? On a qu’à se rejoindre au Kooples rue des Abbesses !

La nuance entre un bobo néo-libéral ou autrement dit, un hipster et un hipster trentenaire made in Paris n’est pas simple… Tu vis dans la peur d’en rencontrer un ? Pire ! Tu es effrayé à l’idée d’être contaminé par le coronahipstus ? On te comprend et pour cela, on t’a trouvé quelques tips pour éviter d’être infecté. Continue d’aller au McDo, bois du café Nespresso, préfère les lentilles aux grosses lunettes vintage, prends un Starbucks bien eco-ennemy, pose toi dans des lieux touristiques, mange dans des chaînes de restaurant, continue de t’habiller chez Zara pour leur made in China ou encore prends les transports… Avec tous ces conseils, on te l’assure, tu ne trébucheras jamais plus sur un hipster à Paris, ni sur un bobo d’ailleurs. Tu ne seras sans doute pas contaminé par la hipstitude, mais par la connerie… on sait jamais !

Par Guillaume Macé

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