Journée de la femme: être féministe à Paris, entre nécessité et réalité

6 mars 2020
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Les femmes ont, au XXIe siècle, tout un genre à reconstruire. Entre démystification de la masculinité, affirmation d’une identité féminine multiple et luttes concrètes déjà engendrées par nos mères, nous, femmes occidentales (et pas que, loin de là !) sommes plongées dans une période pleine de turpitudes, de mouvements inverses et d’inconnues à élucider. Une lumière qui rayonne un peu plus chaque jour et marque de manière indélébile l’Histoire de l’Humanité. Non non, on en fait pas des caisses: dans la ville spécialiste des mains aux fesses entre deux stations de métro, voir pulluler les initiatives féministes rassurent les parisiennes, pour sûr ! Mais que signifie être féministe à Paris (et plus largement dans les grandes villes), où aller et sur quels projets parisiens s’arrêter afin de faire entrer la conscience féministe dans notre quotidien ? A l’occasion de la journée de la femme ce dimanche 8 mars 2020, je me suis penchée sur le sujet, chiffres et propres sensibilités au point !

Le constat est sans appel: plus de la moitié des parisiennes ne se sentent pas en sécurité à Paris (58%). Ce chiffre ne sort pas de mon chapeau (tout simplement car je n’en porte pas), mais d’une étude menée par l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile-de-France en 2017 et très bien détaillée dans cet article du Parisien. Plus qu’une majorité de femmes faisant état de l’insécurité à Paris, c’est la nature de cette insécurité qui est très largement univoque: les transports en communs et le harcèlement sexuel qui y est fréquemment subi. A quand la catégorie “Cheminots” number one des sites pornos ?

Prise dans un tourbillon de considérations relatives à la journée de la femme, je me suis penchée sur une étude factuelle de l’apur basée sur un communiqué de 2013 de  l’INSEE concernant les inégalités hommes/femmes à Paris. Si dans la capitale française est légèrement plus peuplée de femelles que de mâles (53% contre 47%), l’écart se creuse lorsqu’il s’agit d’études supérieures. En effet, 42% des parisiennes  ayant entre 15 et 29 ans sont étudiantes, contre 36% pour les hommes; concernant les parisiennes sortant d’études supérieures (post Bac, donc) 54% d’entre elles finissent diplômées, contre 39% seulement chez les hommes. Bref, une foule d’Hermione Granger prêtent à ramener leur science à tous les afterworks tapas-paillettes-Djsets. La journée de la femme, c’est tous les jours à Paris !

Là où le bât blesse, c’est les parisiennes gagnent globalement 31% de moins que les parisiens (moins que l’écart national qui est de 36%). Une réalité connue de tous et surtout de toutes.

Mais la pire des inégalités est, comme toujours, presque intangible, subtile, inquantifiable.  Nos rapports quotidiens avec les hommes sont passés à la loupe de notre formation intellectuelle : l’éternelle tragédie de l’imbécile heureux, et inversement. Cette prise de conscience est telle dans les grandes villes (notamment !) que le pseudo-machisme inconscient des hommes passent davantage pour des fautes irréparables que pour des maladresses. A ce propos, l’actrice Juliette Binoche s’exprimait la semaine passée pour Konbini: une intervention qui est à mon sens mesurée, subtile et nécessaire. Comment nos esprits de femmes éduquées à faire la part des choses peut-il flancher vers un tel manichéisme ou même pire: vers une aigreur complètement assumée ?

Ce constat, je le vois au quotidien aussi bien à travers mon propre comportement que celui de mon entourage féminin. 20-35 ans, toutes à bout de souffle et d’excuses pour dédouaner certains comportements masculins. Un simple “bah alors, tu mets du rouge à lèvres, tu as un date aujourd’hui ?” revient à insulter votre mère là où ailleurs, ce ne serait qu’un compliment sur votre beauty routine. Alors à qui la faute ? Réel comportement sexiste ou susceptibilité excessive ? Mon opinion se porte très clairement sur la première option.

Cette aigreur est, me semble-t-il, aussi née d’un auto-dédouanage masculin: le féministe ne devait être qu’une trend, il est en fait une base. Mais hélas pour vous messieurs, si l’on peut se lasser de la tendance Nike Huarache, on ne peut pas aussi impunément parler de désamour quand il s’agit d’égalité hommes-femmes. 

C’est pareil pour tout et c’est logique: nous voyons davantage l’extrémisme d’une idée précisément parce qu’elle est portée par des personnes faisant tout pour être entendues. Alors avant d’être taxée par mon manager de “Madmoizelleuse en puissance” (n’aies crainte Jérôme, je ne te nommerai pas*), voici un listing fort heureusement non-exhaustif des collectifs et autres projets féministes à Paris qui ont du sens, de l’impact, de la finesse, bref, de la gueule ! Un léger aperçu de ces (bandes de) nanas qui font bouger les choses à Paris, à (re)découvrir pour la journée de la femme.

*La personne sus-nommée ne s’appelle bien évidemment pas Jérôme, vous voilà dupés.

Commençons fort avec la mythique team des Barbi(e)turix. A la fois website engagé et collectif de soirées, Barbi(e)turix défend corps (beaucoup) et âme (encore plus) la communauté lesbienne et, plus largement, féminine. Si le prisme du lesbianisme est quasi-omniprésent dans leurs événements, on ne saurait que trop les remercier: 16 ans qu’elles bousculent les codes dans la capitale française (et ailleurs aussi, il leur arrive de prendre le train les gourgandines), 16 ans qu’elles bousculent aussi nos boules aux sons de sets loin d’être mauvais ! L’oiseau de nuit parisien ne pourra s’empêcher de citer dans la shortlist des soirées mythiques les Wet For Me du Moulin Rouge, joyeux tourbillon électro et bien plus hétéroclite que ce qu’en disent les détracteurs.

Des mois et des mois que ça placarde sec dans tout Paris des phrases choc car factuelles concernant la réalité des violences contre les femmes. Du « Elle le quitte, il la tue » à « Aux femmes assassinées la patrie indifférente », ces punchlines toutes aussi intrusives qu’une pub Sodebo – mais bien plus essentielles – sont à l’initiative de Marguerite Stern

Cette ancienne Femen entraînent féministes des quatre coins de la France à exprimer (illégalement) en lettres noires mais non moins d’or la réalité de la violence à l’encontre des femmes. De Paris à Lyon en passant par Montpellier, les grandes villes françaises remettent jugeotes et lectures au goût du jour: c’est l’éducation nationale qui doit être contente. Pour plus d’infos, jetez un oeil au compte Instagram @collages_feminicides_paris; sinon, ouvrez juste grand vos deux yeux !

Je n’ai clairement pas le sens du suspens vu que presque toutes les infos sont indiquées dans mon titre. La Poudre est un podcast produit par le média Nouvelles Écoutes où de nombreuses femmes y sont interviewées. Des figures féminines ET féministes qui traitent deux à trois fois par mois de multiples  sujets du bout du micro de Lauren Bastide. Le Mk2 Quai de Loire propose régulièrement des séances de huit replay où féministes de tous horizons se joignent certes pour écouter mais bien davantage pour s’y rencontrer et débattre. Pour la journée de la femme, La Poudre vous donne rendez-vous à la Cité Fertile pour un concert exclusif de Jeanne Cherhal: nous, on y sera !

Une communication aux petits oignons, un documentaire sur sa vie en prévision… Noémie est unanimement la cheffe de file du Stand Up féministe en France. C’est sur les planches du théâtre de la Pépinière qu’elle se produit deux fois par semaine dans Féministe pour hommes : une heure et demie de régalade drolatique toute en finesse. Pour faire court, l’humour de Noémie de Lattre appuie là où ça fait mal, c’est à dire uniquement sur ce sale nerf coincé dans le dos. Et, de vous à moi, une femme coquette et féministe, ça en calme plus d’un(e) ! Nono, c’est notre raïs à nous.

On a fait les collectifs fiesta, les podcasts engagés, le pseudo street-art à la sauvette, les spectacles sociétaux… Il nous manquerait pas une bonne asso à présenter ? Mon choix s’est porté sur Humans for Women et leurs conférences aussi fines que variées. J’y ai noté une vraie inclusion de la voix masculine dans les thématiques traitées, ce qui, à mon sens, est essentiel pour une vraie éducation féministe humaniste. L’asso sera par ailleurs présente au Festival “Prends Place !” qui aura lieu ce samedi 7 mars 2020 dans le 13ème arrondissement de Paris. Une manifestation pluridisciplinaire en l’honneur de la journée de la femme mêlant à la fois concert, expo, conférence, buffet: un must où on te conseille vivement de ramener ton mec, ton frère, ton père et ton voisin !

Le mot de la fin.

Par Pauline Jagoury

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